L’Art de la guerre : S1 E10 – E 11

Episode 10 – Le terrain

« Qui connaît Ciel et Terre volera de victoire en victoire ».

Sun Tzu identifie six types de terrain différents. Pour chacun il préconise un comportement définissant le choix de l’option attaquer ou défendre.

  • Le terrain accessible : les belligérants ont une totale liberté de mouvements. Le premier qui prend possession du terrain se crée un avantage décisif.
  • Le terrain scabreux : il s’agit d’une situation où il est facile de se déployer mais difficile de faire marche arrière : l’accès à une plaine par une vallée encaissée. Dans ce cas, la victoire est possible si l’on a la capacité de surprendre l’ennemi.
  • Le terrain neutralisant : aucun des deux camps n’a d’intérêt particulier à engager le combat. Il ne faut pas alors tomber dans le piège que ne manquera pas de tendre l’adversaire pour se créer un avantage.
  • Le terrain resserré : c’est un endroit où il possible de bloquer tous les accès. On peut attendre l’adversaire avec sérénité. Inversement, s’il a pris possession de la zone, il ne sert à rien de l’attaquer, sauf à identifier une faille claire dans son dispositif.
  • Le terrain accidenté : il faut toujours maitriser les hauteurs. Dans le cas contraire, ne pas engager le combat.
  •  Le terrain lointain : loin de ses bases et à force égale, il y a toujours un désavantage à engager le combat.

Sun Tzu met en avant la responsabilité totale du Général dans le choix du terrain de bataille. Faute de maitrise de la part du Général, l’armée peut connaître la fuite, le relâchement, l’enlisement, l’écroulement, le désordre ou la déroute. En cas de défaite, le Général ne pourra être que le seul responsable mais fort de sa maîtrise du terrain et des enseignements précédents, s’il décide d’engager le combat, il ne pourra que sortir vainqueur.

En parallèle, le Général, sûr de lui, doit aussi avoir la force de résister à son Prince. Si ce dernier s’oppose à la bataille mais qu’il est sûr de sa victoire, il doit engager le combat. A l’inverse, si le Prince souhaite la bataille mais que le Général ne pense pas les conditions réunies pour obtenir la victoire, il doit savoir renoncer. Le Général n’a que l’intérêt de la nation en tête, pas les honneurs.

Sun Tzu élargit son propos en abordant le commandement. Le Général doit aimer ses hommes « comme des nouveaux nés », ils seront alors prêts à lui donner leurs vies. Par contre, si le Général, au-delà de son amour n’est pas capable de donner des consignes claires et de faire respecter ses ordres, même avec dureté, sa troupe « comme des enfants gâtés ne sera propre à rien ». La discipline est maître de l’ordre.

Sun Tzu livre ici une autre de ses maximes célèbres : « qui connaît l’autre et se connaît lui-même ne sera jamais défait ».

Episode 11 – Les neuf sortes de terrain

« Combinez vos plans en fonction des mouvements de l’ennemi ».

Après les caractéristiques géographiques du précepte précédent, il est question ici de savoir comment agir en fonction du terrain.

  • On évitera de combattre sur ses propres terres. Sun Tzu, homme probablement de conquêtes, sous-entend que porter le combat chez l’autre est le meilleur moyen de garder son territoire inviolé et son armée motivée. Forcé à combattre sur son territoire, sa priorité sera de renforcer l’unité de sa troupe.
  • Il ne faut pas s’arrêter aux marges de son territoire. Comprenons là que si l’attaque est décidée, il ne faut pas tergiverser. La priorité de commandement est alors à la cohésion de l’ensemble pour avancer vite.
  • Face à un territoire où l’intérêt est identique pour les belligérants, mieux vaut porter le combat ailleurs, à cet endroit il risque d’être sans fin. La priorité est alors de pousser l’arrière de l’armée pour la mettre à l’abri des attaques.
  • Sur un terrain vaste où la liberté de mouvement est importante, il ne faut surtout pas se faire isoler. Une attention toute particulière est à porter à ses défenses.
  • Loin en territoire ennemi avec des places fortes derrière soi, il faut piller. La priorité est à la logistique.
  • Sur un terrain favorable aux embuscades ennemies, mieux vaut ne pas s’embarquer ou ne pas s’attarder
  • Sur un terrain favorable à des manœuvres d’encerclement, avoir des plans précis est recommandé. Il faut porter son attention sur les points à verrouiller pour stopper son adversaire.
  • Si tout indique la défaite, l’énergie du désespoir doit mobiliser les troupes. L’ennemi hésitera à attaquer s’il voit une armée prête à mourir.

Derrière chacune des actions recommandées, il y a l’idée de créer une discipline dans l’action, de garder des ordres clairs et cohérents afin qu’ils soient exécutés facilement, rapidement et sans hésitation. On retrouve également une idée chère à Sun Tzu, la rapidité dans l’action : « on profite de ce que l’ennemi n’est pas prêt, on surgit à l’improviste, on attaque ce qui n’est pas défendu ».

Le secret est omniprésent dans la pensée de Sun Tzu. Pour lui, le Général doit « obstruer les yeux et les oreilles de ses hommes et les tenir dans l’ignorance ». Cette idée n’est pas guidée par la défiance vis à vis de ses troupes, mais par la volonté d’être libre d’adapter ses plans à tout moment sans avoir à s’expliquer. En effet ceci prendrait du temps à un moment où le Général n’en a pas. Il y a là aussi un moyen efficace de cacher les périls affrontés par les hommes afin de ne pas altérer leur courage.

Pour Sun Tzu, nulle autre motivation que celle de prendre un avantage, ne doit justifier l’engagement du combat.