L’Art de la guerre : S1 E2 – E3

Episode 2 – Les opérations

« Une armée doit viser la victoire immédiate ».

Avec ce précepte Sun Tzu développe principalement l’idée qu’un conflit armé doit être de courte durée.

La guerre, comme une simple bataille, représente toujours un coût élevé pour le pays. Plus le conflit est d’une durée courte et la victoire éclair, moins le coût de l’opération est élevé. Sun Tzu parle avec les unités de l’époque (des chars, des fourgons, des armes, de la nourriture, …). Il n’oublie pas les coûts indirects comme la logistique ou la diplomatie. Le premier conseil est de ne pas engager la bataille sans avoir mesuré ces coûts. A défaut, l’armée prend le risque de ne pas avoir les moyens d’aller au bout de son objectif : la victoire.

Il insiste sur le fait que ces coûts doivent pouvoir être assumé sans appauvrir la nation. Il ne faut pas saigner à blanc sa propre population par l’impôt ou trop prélever sur les récoltes afin de nourrir les soldats. Dans le cas contraire, la population ne soutiendra pas le Général et indirectement le Prince quand les temps seront difficiles.

Le Général avisé ne mènera pas deux campagnes de suite sans avoir donné le temps à son armée, mais également au pays, de reconstruire ses ressources avant de déclencher l’affrontement suivant.

Pour un conflit de courte durée et une économie de moyens, Sun Tzu nous enseigne également qu’il ne faut pas vouloir mener les batailles trop loin de ses bases. Tout allongement des distances multiplie de façon exponentielle la charge logistique et les risques de désorganisation, le risque de défaite augmente.

Toujours dans l’idée de réduire le temps de la bataille et d’en limiter le coût, il faut savoir aussi vivre sur l’ennemi. Le général doit apprendre à ses troupes à ne pas détruire les ressources de l’ennemi. Il ne faut pas bruler les fermes et le fourrage, il faut en profiter pour nourrir troupes et chevaux. Pour cela, il est important que le commandement ne prône pas la « fureur » mais incite à la prise de butin. Cette prise doit être récompensée par la reconnaissance du premier qui aura réussi cet exploit.

Sun Tzu nous avertit que si ses conseils ne sont pas respectés, ce sont de nombreuses faiblesses qui apparaitront au sein de l’organisation dont l’ennemi pourrait profiter pour inverser le cours de la bataille : les soldats s’épuisent, les armes s’usent, la logistique se dérègle ou n’arrive plus, la population se révolte, le Prince lâche le Général, …

Sun Tzu ne croit pas à la guerre d’usure. Il est en permanence dans le mouvement.

Episode 3 – Combattre l’ennemi dans ses plans

« Soumettre l’ennemi sans croiser le fer ».

Nous trouvons ici la maxime certainement la plus connue de l’Art de la guerre. Dit autrement, le Général qui arrive à soumettre l’ennemi sans même avoir à mener la bataille atteint la quintessence de sa compétence. Ce 3ème précepte développe l’idée vu dans le précédent (temps court et économie de moyens) en proposant un spectre d’actions suivant le rapport de forces en présence :

  • Encercler si l’on se juge très supérieur à dix contre un.
  • Harceler si le rapport de force est de cinq contre un.
  • Fractionner l’adversaire si l’on se bat seulement à deux contre un.
  • Savoir combattre si l’on est à un contre un.
  • Se défendre en état d’infériorité.

Évidemment, il faut savoir évaluer (voir 1er précepte : supputations) les forces en présence. Nous commençons à voir ici l’imbrication logique des différents enseignements. A partir de ces choix tactiques, il propose également cinq critères qui permettent d’assurer la victoire ou, si ces éléments ne sont pas en place, de se poser les bonnes questions avant d’entamer la bataille :

  • Le Général sait quand il faut combattre et surtout quand s’en abstenir. Il sous-entend là que le Général victorieux ne se laisse jamais embarquer par ses émotions ou ses envies de gloire. On dirait aujourd’hui qu’il doit rester pragmatique.
  • Le Général doit savoir aussi bien commander la multitude que le petit nombre.
  • Le Général doit être capable de répondre aux attentes de l’ensemble de sa troupe, du soldat à son adjoint direct.
  • Le Général doit savoir évaluer son ennemi, sous-entendu, pas simplement être tourné sur ses propres problèmes.
  • Le Général doit savoir s’entourer.

Sun Tzu inclus dans ce 3ème précepte une phrase clé sans pour autant la développer : « Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait ».

Sun Tzu appelle à s’abriter de toute ingérence du souverain qui représente le danger de commander sans savoir, de semer le trouble chez les officiers et de déstabiliser le commandement jusqu’au niveau de la troupe. Il y a là pour Sun Tzu un risque majeur de créer des failles dans lesquelles l’ennemi s’engouffrera. L’enseignement inverse est tout aussi vrai : déceler une telle situation chez l’ennemi donne immédiatement l’opportunité de lancer une offensive armée ou psychologique sur une troupe déstabilisée.

Sun Tzu cherche l’économie de moyens.